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Extrait du “Voyage de La Pérouse autour du monde” (Ed. Paris 1797)

Vingt-et-un mois après son départ de Brest en août 1785, après avoir exploré le Cap Horn, l’Île de Pâques, Hawaï, les côtes américaines de l’Alaska à la Californie, une traversée de l’Océan Pacifique plein-ouest jusqu’à Macao, puis Manille, les vaisseaux de La Pérouse abordent par le Sud-Ouest les côtes de Corée en Mai 1787.

Cette partie de l’Asie est encore mal connue par les européens (voir Carte de la Grande Tartarie – 1717). Les Britanniques, avec Cook, puis les Français, explorent méthodiquement le Monde dans cette deuxième moitié de XVIIIe siècle, depuis que les premières chronomètres de marine leur permettent de réaliser des relevés de topographiques -et donc des cartes- beaucoup plus précis.

Carte de la grande Tartarie (1717)
Carte nouvelle de la Grande Tartarie, par monsieur N. Witsen (1717)

(…) Le 19 mai après un calme qui durait depuis quinze jours avec un brouillard très-épais, les vents se fixèrent au Nord -Ouest, grand frais le temps resta terne et blanchâtre, mais l’horizon s’étendit à plusieurs lieues. La mer qui avait été si belle jusqu’alors devint extrêmement grosse. J’étais à l’ancre par vingt-cinq brasses au moment de cette crise; Je fis signal d’appareiller, et je dirigeai ma route, sans perdre un instant, au Nord-Est quart-Est, vers l’île de Quelpaert, qui était le premier point de reconnaissance intéressant avant que d’entrer dans le canal du Japon. Cette île qui n’est connue des Européens que par le naufrage du vaisseau hollandais Sparrow-hawk en 1635, était, à cette même époque sous la domination du roi de Corée. Nous en eûmes connaissance le 21 mai, par le temps le plus beau possible et dans les circonstances les plus favorables pour les observations de distance.

Atlas du “Voyage de La Pérouse autours du Monde”

Nous déterminâmes la pointe du Sud, par 33°14’ de latitude Nord, et 124°15’ de longitude orientale. Je prolongeai, à deux lieues, toute la partie Sud-Est, et je relevai avec le plus grand soin un développement de douze lieues dont M. Berzinet a tracé le plan. (Atlas, n°45)

Il n’est guère possible de trouver une île qui offre un plus bel aspect : un pic d’environ mille toises, qu’on peut apercevoir de dix-huit à vingt lieues, s’élève au milieu de l’île, dont il est sans doute le réservoir; le terrain descend en pente très-douce jusqu’à la mer, d’où les habitations paraissent en amphithéâtre. Le sol nous a semblé cultivé jusqu’à une très-grande hauteur. Nous apercevions, à l’aide de nos lunettes, les divisions des champs; ils sont très-morcelés, ce qui prouve une grande population. Les nuances très-variées des différentes cultures, rendaient la vue de cette île encore plus agréable. Elle appartient malheureusement à un peuple à qui toute communication est interdite avec les étrangers, et qui retient dans l’esclavage ceux qui ont le malheur de faire naufrage sur ces côtes. Quelques-uns des Hollandais du vaisseau Sparrow-hawk y trouvèrent moyen, après une captivité de dix-huit ans, pendant laquelle ils reçurent plusieurs bastonnades, d’enlever une barque, et de passer au Japon, d’où ils se rendirent à Batavia, et enfin à Amsterdam. Cette histoire dont nous avions la relation sous les yeux, n’était pas propre à nous engager à envoyer un canot au rivage: nous avions vu deux pirogues s’en détacher; mais elles ne nous approchèrent jamais à une lieue, et il est vraisemblable que leur objet était seulement de nous observer, et peut-être de donner l’alarme sur la côte de Corée. Je continuai ma route, jusqu’à minuit, au Nord-Est quart Est, et je mis en panne pour attendre le jour, qui fut terne, mais sans brume épaisse. J’aperçus la pointe du Nord-Est de l’île de Quelpaert à l’Ouest, et je fixai ma route au Nord-Nord-Est pour approcher la Corée.

Nous ne cessâmes pas de sonder d’heure en heure, et nous trouvâmes de soixante à soixante-dix brasses. Au jour, nous eûmes connaissance de différentes îles ou rochers qui forment une chaîne de plus de quinze lieues en avant du continent de la Corée ; leur gisement est à peu près Nord-Est et Sud Ouest, et nos observations placent les plus septentrionales par 35°15’ de latitude Nord, et 127°7’ de longitude orientale. Une brume épaisse nous cachait le continent, qui n’en est pas éloigné de plus de cinq à six lieues; nous en eûmes la vue le lendemain, vers onze heures du matin; il paraissait derrière les îlots ou rochers dont il était encore bordé.

À deux lieues au Sud de ces îlots, la sonde rapporta constamment de trente à trente-cinq brasses, fond de vase; le ciel fut aussi toujours terne et blanchâtre; mais le soleil perçait le brouillard, et nous pûmes faire les meilleures observations de latitude et de longitude, ce qui était bien important pour la géographie, aucun vaisseau européen connu n’ayant jamais parcouru ces mers, tracées sur nos mappemondes d’après des cartes japonaises ou coréennes, publiées par les Jésuites. À la vérité, ces missionnaires les ont corrigées sur des routes par terre relevées avec beaucoup de soin, et assujetties à de très-bonnes observations de longitude faites à Pékin, en sorte que les erreurs en sont peu considérables ; et l’on doit convenir qu’ils ont rendu des services essentiels à la géographie de cette partie de l’Asie, que seuls ils nous ont fait connaître, et dont ils nous ont donné des cartes très-approchantes de la vérité : les navigateurs ont seulement à désirer à cet égard les détails hydrographiques, qui n’ont pu y être tracés, puisque ces Jésuites voyageaient par terre.

Le 25 nous passâmes dans la nuit le détroit de Corée : nous avions relevé, après le coucher du soleil, la côte du Japon qui s’étend de l’Est quart Nord-Est à l’Est-Sud-Est ; et celle de Corée, du Nord-Ouest au Nord. La mer paraissait très-ouverte au Nord-Est, et une assez grosse houle qui en venait, achevait de confirmer cette opinion ; les vents étaient au Sud -Ouest, petit frais, la nuit très-claire. Nous courûmes vent arrière avec une très-petite voilure, ne faisant que deux tiers de lieue par heure, afin de reconnaître à la pointe du jour les relèvements du soir, et de tracer une carte exacte du détroit. Nos relèvements assujettis aux observations de M. Dagelet, ne laissent rien à désirer sur l’exactitude du plan que nous en donnons. Nous sondâmes toutes les demi-heures ; et comme la côte de Corée me parut plus intéressante à suivre que celle du Japon, je l’approchai à deux lieues, et fis une route parallèle à sa direction.

Le canal qui sépare la côte du continent de celle du Japon peut avoir quinze lieues ; mais il est rétréci jusqu’à dix lieues, par des rochers qui, depuis l’île de Quelpaert, n’ont pas cessé de border la côte méridionale de Corée, et qui ont fini seulement lorsque nous avons eu doublé la pointe Sud-Est de cette presqu’île ; en sorte que nous avons pu suivre le continent de très-près, voir les maisons et les villes qui sont sur le bord de la mer, et reconnaître l’entrée des baies. Nous vîmes sur des sommets de montagnes, quelques fortifications qui ressemblent parfaitement à des forts européens ; et il est vraisemblable que les plus grands moyens de défense des Coréens sont dirigés contre les Japonais. Cette partie de la côte est très belle pour la navigation car on y aperçoit aucun danger, et l’on y trouve soixante brasses de fond de vase, à trois lieues au large ; mais le pays est montueux et paraît très-aride:la neige n’était pas entièrement fondue dans certaines ravines, et la terre semblait peu susceptible de culture. Les habitations sont cependant très-multipliées : nous comptâmes une douzaine de champans ou sommes qui naviguaient le long de la côte ; ces sommes ne paraissaient différer en rien de celles des Chinois ; leurs voiles étaient pareillement faites de nattes. La vue de nos vaisseaux ne sembla leur causer que très-peu d’effroi : il est vrai qu’elles étaient très-près de terre, et qu’elles auraient eu le temps d’y arriver avant d’être rejointes, si notre manœuvre leur eût inspiré quelque défiance. J’aurais beaucoup désiré qu’elles eussent osé nous accoster ; mais elles continuèrent leur route sans s’occuper de nous, et le spectacle que nous leur donnions, quoique bien nouveau, n’excita pas leur attention. Je vis cependant, à onze heures, deux bateaux mettre à la voile pour nous reconnaître, s’approcher de nous à une lieue, nous suivre pendant deux heures, et retourner ensuite dans le port d’où ils étaient sortis le matin : ainsi il est d’autant plus probable que nous avions jeté l’alarme sur la côte de Corée, que, dans l’après-midi, on vit des feux allumés sur toutes les pointes. (…)


Ce plugin peut bien entendu être associé à d’autres comportements, comme celui d’embarquer une video Youtube sous forme de popup; Ici, un portrait de La Pérouse réalisé en 2019 par le service communication de la Marine Nationale française.

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